Facettes et objets de l’amour
Je vous avais promis un nouveau billet sur le blog comme annoncé lors de ma précédente publication que je vous invite à lire et que j’avais intitulée « Dilemme au soleil » . Cet article était en effet une introduction à celui que vous êtes en train de lire.
L’automne en a voulu autrement et j’ai eu beaucoup de mal à écrire l’article promis.
Depuis quelques temps, mon inspiration s’est tarie et je crois que c’est le reflet de ce qui se passe souvent à l’intérieur de moi au mois de novembre.
Nous sommes entrés dans le mois de novembre en même temps que mes idées et mon corps entrent en hibernation. Avec eux, aussi, je dois le reconnaître, mon inspiration.
Pour être plus exacte, ce n’est probablement pas une question d’inspiration mais plutôt d’énergie et d’envie, que je partage habituellement à travers mes articles, qui se font toutes les deux absentes.
Au moment d’écrire, je fais face à la réalité. Mon énergie n’est plus présente depuis quelques semaines et je crois que cela est en partie lié au repli sur soi qu’implique l’automne. Mais pas seulement nous le verrons plus loin. Cette excuse de saison a au moins le mérite de me permettre de mettre les mots sur ce que je ne veux pas voir. En l’occurrence le fait que je n’ai pas toutes les semaines de l’année une énergie rayonnante à partager. Ceci est une première invitation à voir aussi en vous où vous en êtes : à cet instant, au beau milieu de l’automne, (saisissez l’excuse vous aussi), êtes vous impactés ? Acceptez vous de ralentir comme la saison nous y invite ou bien poursuivez vous le quotidien à un rythme effréné en faisant comme si, depuis cet été, rien n’avait changé ?
Reprenons. Le titre de cet article laisse comprendre que l’amour est multiple. Il possède de nombreuses facettes et je le souhaite à chacun d’entre nous, qu’il porte sur divers objets. Mais voilà, c’est dans l’air du temps, nous sommes plutôt habitués à figer l’objet de l’amour sur le couple ainsi que les domaines de nos vies dans une seule spécialité qui nous définit. Lorsque l’on fait des rencontres, notre première question est la fameuse “What do you do” ? “What do you do in life?” Il faut comprendre : que fais tu, toi , dans la vie ? Quel est ton job qui te défini ?
Et si, au contraire, nous nous penchions sur une multitude de facettes ? Explorons alors toute la complexité qui constitue ce diamant qu’est l’amour. Nous passerons par divers thèmes et sources à priori sans lien les uns avec les autres, et pourtant, nous verrons comment ils se rejoignent.
L’angoisse et l’agonie avec Roland Barthes
Le sentiment amoureux c’est d’abord la souffrance. Comme le dit Roland Barthes, « être amoureux c’est celui qui attend, tassé sur place, en souffrance comme un paquet dans un coin perdu de la gare. »
En effet, que de souffrances, n’est ce pas, pour l’amoureux.se qui attend. Qui n’a jamais connu cela ?
« Agonie : le sujet amoureux, au gré de telle ou telle contingence, se sent emporté par la peur d’un danger, d’une blessure, d’un abandon, d’un revirement ». L’inquiétude que nous avons tout le temps est la suivante : y aurait t il eu un revirement ? Il exprime ce sentiment sous le nom d’angoisse. Dans ce tumulte d’angoisse suscité par l’attente :
« Parfois je veux jouer à celui qui n’attend pas au café mais à ce jeu je perds toujours. Je me retrouve désoeuvré. »
La gêne avec Baptiste Beaulieu
Quel inconfort a dû ressentir cet homme en se présentant au cabinet de Batiste Beaulieu :
Le ridicule avec Charles Pépin
Je partage la vision de Charles Pépin qui soutient que le dicton “l’amour rend bête” relêve d’une bien étrange idée de la vie. Cependant je retiendrai que dans l’état amoureux, nos comportements se voient parfois subitement modifiés.
L’inconfort : osé ou forcé
Tout comme les multiples facettes de ce thème, je voulais solliciter avec Roland Barthes, Baptiste Beaulieu et Charles Pépin, des médias et des littératures elles aussi aux formes variées. Comment l’angoisse, la gêne et la “niaiserie” illustrées précédemment sont elles constitutives de quelque chose de si beau que notre thème du jour ?
La réponse se trouve selon moi dans l’inconfort, de tous ces sentiments hautement inconfortables. Dans le “sentiment amoureux” de Roland Barthes, on passe par la peur, la torture, l’angoisse de l’attente. Nous l’avons vu, l’inconfort c’est aussi la gêne générée par des situations dans lesquelles nous n’irions jamais si nous n’étions pas portés par un sentiment tout particulier.
Je pense justement que c’est dans tous ces petits et grands inconforts que nous arrivons à trouver quelque chose d’aussi beau que l’amour. Passer par l’inconfort fait aussi partie de la pratique de la méditation. S’assoir sur son tapis quelques heures ou quelques minutes par jour est loin d’être confortable. Faire rien, écouter ce qui est présent à l’intérieur de moi relève parfois du véritable courage en fonction des sentiments que je vais rencontrer. Pourtant, il peut en résulter une grande libération.
L’inconfort fait partie des multiples facettes de l’amour et peut être une étape nécessaire pour laisser place à la beauté des sentiments. En acceptant de traverser les angoisses ou de vivre la gêne, je me permets aussi de vivre ce qu’il y a de beau derrière ces émotions à priori infranchissables lorsque je les rencontre. Tous ces inconforts cités précédemment sont finalement des bénédictions. Si je peux les vivre c’est parce que je ressens de l’amour. Ne soyons cependant pas aveugles.
Réciproquement, c’est aussi l’amour qui nous permet de progresser et d’aller vers l’inconfort, lui même capable de nous faire sortir de nous même pour aller vers l’autre et grandir. Par exemple, si je suis triste, malheureux, en manque de ressources affectives et matérielles, je ne suis pas en mesure de vivre des situations inconfortables qui me feront progresser et évoluer. En bref, l’inconfort peut mener à l’amour, il peut être un passage vers l’amour, et réciproquement, c’est aussi l’amour qui nous donne la force de traverser l’inconfort.
Dans ce cercle impossible, voici donc ma plus belle invitation à retrouver le chemin de l’amour et à le laisser exister grâce à…
L’envie, les envies
Retrouvons le chemin de l’amour, non pas chez l’autre, non pas en attendant qu’un autre nous sauve ou nous délivre mais plutôt en suivant nos envies profondes qui sont la première étape vers l’amour. C’est à dire toutes les choses qui nous appellent et nous font vibrer. Même si elles semblent parfois avoir disparues dans les périodes compliquées de nos vies, les envies sont toujours présentes à l’intérieur de chacun de nous. Il nous faut les retrouver et nous y connecter comme on retrouve l’extrémité d’un fil rouge qui dépasse caché sous le tapis. Aussi infimes soient elles, les envies se présentent chaque jour dans nos quotidiens (manger telle ou telle chose, prendre tel chemin pour se rendre au travail etc.) et n’ont pas besoin d’être grandioses ou renversantes (des projets de vie ou de grands voyages). A force d’écouter nos petites envies du quotidien, finiront par émerger nos grandes envies qui vont progressivement nous remettre sur le chemin des projets qui nous font vibrer. Je vous suggère de commencer petit. En effet, nous avons souvent appris à sacrifier nos envies ou à les faire passer au second plan. Il est important bien sûr de mesurer l’impact et les conséquences de ses envies et d’apprendre la patience et la limite. Mais je crois qu’aujourd’hui ce qu’il nous faut aussi apprendre c’est à se reconnecter à nos envies et à les écouter. Nos envies sont à l’origine du bouillonnement à l’intérieur de nous qui nous met en mouvement vers l’épanouissement. A force de tirer le fil de nos envies, nous nous dirigeons vers des rencontres, vers une vie sereine plus alignée avec nos véritables aspirations. A l’opposé des injonctions qui imposent un cadre parfois destructeur pour certaines trajectoires de vie. En prenant au sérieux nos envies, nous laissons finalement la possibilité au sentiment amoureux de se déployer plus largement à l’intérieur de nous.
Il me semble nécessaire de préciser que je ne confonds pas ici les envies profondes qui font véritablement du bien à nous et aux autres avec les désirs vains et impossibles à assouvir.
L’amour au sens large
Nous avons vu que le passage par l’inconfort et la connexion à ses envies peuvent être des passages majeurs afin de ressentir un amour véritable. Comme le laisse penser le “sentiment amoureux” dont nous parle Roland Barthes, il serait grandement dommage de penser que l’amour se limite à celui que l’on peut trouver au sein du couple.
L’amour ne se déploie pas seulement dans le couple. Il ne s’agit pas uniquement de cela. En lisant les mots de Thich Nhat Hanh, et en introduisant de la présence dans nos journées, on peut vivre l’amour au sens large, c’est à dire envers les éléments, la nature, nos amitiés, nos rencontres et les évènements qui nous portent.
« J’inspire, je vois la lune, j’expire, je souris à la lune »